THEATRE Rubrique

La leçon de piano d’André Manoukian : un chant du périnée drôle et instructif


Humour et connaissance s’accordent comme un piano dans ce Chant du périnée instructif, drôle et mélodieux.

« Le chant du périnée, conférence psycho-érotique  » : il n’y a qu’André Manoukian pour oser un titre comme celui-ci ! Le mélomane de 62 ans, aussi à l’aise dans un jury de télécrochet que sur les antennes de France inter, choisit cette fois de monter sur les planches pour faire ce qu’il sait faire de mieux : nous balader avec érudition et humour dans toute l’Histoire de la musique. Savez-vous que le jazz est une invention française ? Ou que les premiers hiéroglyphes furent la retranscription d’un chant magique ? Que Mozart et Haydn faisaient des battles de clavecins ? Ou encore pourquoi si peu de compositrices sont passées à la postérité ?

André Manoukian le promet : dans son spectacle, « tout est presque vrai ». Certes, André Manoukian use comme à son habitude de son image de séducteur à la tchatche très tantrique, mais celui qui « transpire de la moustache » se révèle ici aussi et surtout subtil et plein d’autodérision pour rendre à la musique toute sa sensualité... Et en profiter pour mettre toute sa libido dans son piano et se mettre à nu. Sans chanteuse derrière laquelle se cacher, André Manoukian se révèle pédagogue et vulgarisateur pour nous montrer ô combien la musique peut être érotique et créer des affects : « La lettre à Elise, ce sont deux notes qui se frôlent, sans jamais se toucher, c’est tout ce qu’il y a de plus obscène  », clame-t-il avec malice, démonstration à l’appui.

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Et c’est bien assis à son piano qu’il est le plus touchant, lui qui rythme son spectacle par des séquences où il joue en live des mélodies plus ou moins connues, plus ou moins personnelles... Dont certaines pourraient bien rappeler des souvenirs d’enfance au public arménien. Car dans cette version musicale de l’exercice du one man show, André Manoukian n’hésite pas à faire parler son orientalisme, nous entraînant sur les routes de l’exil de sa grand-mère et les « musiques splendides » de ce territoire qui, pour une fois, lui a « amené autre chose que des névroses ».

Hymne à la femme, hymne à la joie, hymne à l’Arménie, hymne à l’amour : André Manoukian suspend le temps pour 1h30... Voire un peu plus, car avec ce fougueux adepte de l’improvisation, on sait quand on arrive, mais jamais exactement quand on repart puisque, comme il le souligne, pour une fois, « personne ne m’arrête ». Et ce passionné qui respire musique pourrait en parler pendant des heures ce 4e art qui n’est fait que de déséquilibres qui, au dernier moment, s’équilibrent. Ou, pour le dire comme le très précoce Mozart, « de notes qui s’aiment et de notes qui ne s’aiment pas ».

Texte et photo : Claire Barbuti

Le chant du périnée
Conférence psycho-érotique d’André Manoukian
Théâtre de l’Œuvre - 55 Rue de Clichy - 75009 Paris
Tous les lundis à 20 h jusqu’au 30 décembre

par Claire le mardi 15 octobre 2019
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