TURQUIE Rubrique

Vincent Hervouët (LCI) : Merci les Turcs !


Vendredi 8 novembre, dans l’émission 24H Pujadas, sur LCI, Vincent Hervouët, journaliste chef du service « Étranger » de LCI, s’est livré a une charge sans concession sur l’action de la Turquie et son président, comme le prouve sa tribune dans « Parti pris » ci-après intitulée « Merci les Turcs ! », notamment à propos de la menace par Erdogan de libérer des djihadistes.

« Ils vont nous renvoyer les djihadistes qui encombrent leurs belles prisons, qui sont, il est vrai un peu surpeuplées depuis que Recep Tayyip Erdogan y enferme les légions gülenistes mal repentis, de kurdes forcément suspects ; de fonctionnaires plus ou moins putchistes et de démocrates forcément critiques. La purge aura lieu dès lundi selon le ministre de l’intérieur Ça veut dire que c’est vraiment Midnight Express [ndlr film de Alan Parker] pour ces djihadistes que l’Europe n’est pas pressée de récupérer. Le ton employé par ce ministre de l’intérieur ; le caractère expéditif de l’opération, le fait qu’ils prétendent les expulser, mêmes les pays de destination les ont déchus de leur nationalité. Tout cela démontre l’hostilité de cette mesure politique. Les turcs veulent donc renvoyer en Europe 1150 djihadistes, terroristes, comme ils ont renvoyé en 2015 plus d’un million de migrants, déstabilisant l’Union européenne, qui d’ailleurs ne s’en n’est toujours pas remise. Il y a au moins deux façons de voir les choses. La première c’est de dire que ce gouvernement, il est vraiment trop fort. Parce que il faudra qu’il nous explique comment ils arrivent à renvoyer chez eux des gens dont les pays ne veulent pas parce que nous on n’y arrive pas. On a toute sorte de gens qui ont été déchus du droit d’asile qu’on voudrait réexpédier dans les pays dont on finance les fins de mois, et les pays disent non et on les garde avec nous, on est bien forcé. Donc on est curieux de voir comment ils vont faire. Et on se dit que si il agite son sabre de bois sous notre nez, ce turc, eh bien c’est qu’il veut, évidemment, avec ses rodomontades jouer sur le nationalisme des turcs qui n’ont pas appréciés que l’Europe ait choisi leurs pires ennemis, les kurdes, comme supplétifs en Syrie. Et donc c’est de l’affichage, on veut faire honte aux européens de leur lâcheté. Tout cela est totalement politicien. Sans claironner, d’une manière régulière, la police turque renvoie aux polices européennes les djihadistes. Tous ceux qui se font serrer à l’aller ou au retour nous sont réexpédiés. Ça se passe discrètement et c’est plutôt efficace. Il y a une autre façon de voir les choses. C’est de remercier les turcs pour leur provocation. C’est de se féliciter parce que c’est plus efficace de regarder la menace que constitue désormais, au Sud de l’Europe, ce pseudo allié de l’Otan qui nous fait chanter, que de clamer sur tous les tons que l’alliance atlantique est morte et que l’Europe doit se muscler et qu’elle doit apprendre à se défendre. Avec la Turquie à notre porte et son président qui se prend pour la calife. Son armée qui fait actuellement du nettoyage ethnique en Syrie, ses prisons qui débordent, ses minorités opprimées, son nationalisme ombrageux et ses rêves de grandeur… Avec un pareil voisin, eh bien il n’y a pas besoin d’ennemis. Il faut se dire que les turcs n’entreront jamais dans l’Union européenne et tant mieux. Ils sont les ennemis de nos amis kurdes. Ils sont les amis de nos ennemis djihadistes. Ils emploient chez nous des milliers, des dizaines de milliers d’agents de renseignement qui quadrillent, qui surveillent et qui tiennent une communauté qui est puissante. » […] Avoir un ennemi voisin à la porte c’est une bonne raison d’avoir une sécurité », a conclu Vincent Hervouët, faisant référence aux budgets européens consacrés à la défense.

par Jean Eckian le samedi 9 novembre 2019
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